Dans le cadre de la Mêlée Nexem 2024, Nexem, avec le soutien du pôle d’expertise ESS d’Harmonie Mutuelle, a lancé la première édition du concours Pépitch, permettant à dix candidats de présenter leurs idées innovantes sur scène. Marie Pécot, directrice du pôle petite enfance de l'ASFAD, s'est démarquée en remportant le concours avec un concept innovant : l'utilisation de structures en carton pour pallier le manque de places en crèche. Cette victoire lui a permis de bénéficier d'un accompagnement de plusieurs mois par 21, l’Accélérateur de la Croix-Rouge française et de Nexem, sous la supervision de Martijn Pineau, responsable du programme Intrapreneuriat. Ils ont travaillé ensemble pour affiner son projet lors d'une journée de formation et de plusieurs séances de coaching. Aujourd'hui, nous les rencontrons pour revenir sur cette aventure et découvrir comment l'idée de Marie Pécot a pris forme.
Clara, en tant que chargée de projet innovation sociale chez Nexem, pouvez-vous nous raconter la genèse du concours Pépitch ? Quels étaient les objectifs de cette première édition ?
Clara Castellano : Le concours Pépitch est né de la volonté de Nexem de valoriser les idées à impact qui viennent du terrain. Nous souhaitions souligner que les professionnels du secteur associatif proposent souvent des solutions pertinentes pour répondre aux défis croissants auxquels est confronté le secteur social et médico-social. Or, la plupart du temps, ces idées restent dans l'ombre alors qu'elles mériteraient d'être mises en avant. L’objectif de Pépitch était justement de leur donner la parole afin de faire émerger les pépites de demain.
Le pôle d’expertise ESS d’Harmonie Mutuelle a tout de suite adhéré au concept porté par Pépitch, nous avons organisé ce concours à l'occasion de La Mêlée 2024 à Reims. Nous avions également à cœur d'accompagner les candidats en amont afin qu'ils soient dans les meilleures conditions le jour J. Avec l’aide de l'Accélérateur 21, les dix porteurs d'idées ont été formés à l'art du pitch et ont préparé leur présentation avec sérieux. Le jour du concours, le public a fait preuve d’un enthousiasme remarquable, soutenant chaque candidat et votant pour le projet qu’il souhaitait voir remporter.
Au-delà de la mise en lumière d’une idée, l'ambition de Pépitch était aussi de donner un véritable coup de pouce au gagnant pour l'aider à concrétiser son projet. Nous sommes ravis de constater que cela a porté ses fruits pour Marie Pécot et son projet très inspirant. C’est également pour cette raison qu’Harmonie Mutuelle, entreprise mutualiste à mission et acteur de la transition écologique, a le plaisir de soutenir son projet et de l’accompagner tout au long de sa démarche.
Marie, vous avez remporté le concours avec une belle idée. Pouvez-vous nous en parler et, six mois plus tard, où en est votre projet ?
Marie Pécot : Un jour, en lisant le journal, j’ai découvert un projet de logements sociaux en carton, ce qui m’a beaucoup intriguée. En me renseignant, j’ai compris qu’il était possible de construire des bâtiments de manière différente et écologique. Parallèlement, le bâtiment d’une de nos crèches devenait vétuste, et je devais trouver une solution pour relocaliser l’activité dans de nouveaux locaux ayant une dimension écologique, un enjeu important au sein de mon association. C’est ainsi qu’est née mon idée un peu folle : si cela fonctionne pour des logements sociaux, pourquoi pas pour une crèche ? Concrètement, j'aimerais aujourd'hui construire une crèche écologique en utilisant des cloisons en carton recyclé fabriquées par une entreprise locale. Cette crèche serait également tournée vers le vivant grâce à une pédagogie adaptée et une équipe qui accompagnerait au maximum les enfants vers la nature.
Après 6 mois d'accompagnement par 21, ai-je dispose aujourd’hui d’un prototype de stratégie commerciale et d’un flyer de communication que je peux distribuer sur mon territoire pour faire connaitre mon projet. Grâce au concours, j’ai pu structurer mon projet avec l’aide de Martijn, et je m’appuie désormais sur une feuille de route claire et détaillée. Entre-temps, j’ai pu échanger avec ma directrice dans le projet et présenté la démarche à notre conseil d’administration. Ce qui n’était qu’une idée il y a six mois, est maintenant un projet qui fédère de nombreuses personnes !
Martijn, l'Accélérateur 21 a accompagné Marie au cours de ces derniers mois. Pouvez-vous nous expliquer comment vous aidez les entrepreneurs de terrain à transformer leur idée en un projet structuré ?
Martijn Pineau : En premier lieu, il s’agit d’aider les porteurs à identifier les enjeux sous-jacents à leur projet. Nous commençons par leur poser énormément de questions et les challenger. Pourquoi ce projet ? À quoi ou à qui doit-il servir ? Quelles sont les principales difficultés rencontrées ? Comment comptez-vous impliquer les personnes dans votre démarche ? L’objectif est d'obtenir une vision à 360 degrés du projet. Cela peut parfois ressembler à un interrogatoire, mais il faut plutôt le voir comme un travail d'enquête. Notre rôle en tant qu’accompagnateur est d’aider la personne à identifier elle-même la question centrale à laquelle son projet doit répondre. Nous l’aidons à explorer le sujet en profondeur. C’est là l’essentiel. Une fois cette étape franchie, nous avons déjà accompli la moitié du travail.
Après cette première phase fondamentale, nous aidons les porteurs de projet à agir concrètement : définir leur stratégie de communication, organiser le travail de leur équipe, identifier les solutions de financements et les leviers de développement etc. Toujours avec cette approche qui consiste à se confronter le plus vite possible au terrain pour valider les intuitions de l’équipe.
Marie, quelles sont les prochaines étapes pour votre projet ? Comment comptez-vous vous appuyer sur 21 dans la phase finale de l'accompagnement ?
Marie Pécot : Les prochaines étapes consisteront principalement à accroître la visibilité du projet. Je prévois de continuer à « pitcher » le plus possible auprès d'entrepreneurs et de communes pour le faire connaître. Parallèlement, je suis en train de renforcer le modèle économique. En crèche, il est nécessaire d’avoir des réservataires de berceaux pour garantir un financement. Pour ce projet, je souhaite diversifier ces réservataires. Je vais donc à la rencontre d’entreprises privées intéressées par la réservation de berceaux, c’est-à-dire des places en crèche annuelles pour leurs salariés jeunes parents. Naturellement, je suis également à la recherche d’un terrain dans les environs de Rennes pour accueillir le projet.
L’accompagnement avec 21 touche à sa fin dans quelques semaines, et je compte vraiment profiter de ces moments « à part » qui permettent de se prendre du recul. Il est facile de se laisser disperser par les nombreuses sollicitations et les opportunités qui se présentent. Ces séances d’accompagnement avec Martijn me permettent de recentrer les choses, de maintenir le cadre et de me dire “Ah oui, j'en suis là. C'est vrai, j'avais dit que je faisais ça, mais je suis parti là-dessus”.
Concrètement, quelle est la valeur ajoutée d’un accompagnement dans le développement d'un projet ?
Martijn Pineau : En résumé, l’accompagnement permet de gagner du temps tout en évitant les erreurs de parcours. L’équipe de 21 possède l'expérience nécessaire pour identifier rapidement les enjeux qui sous-tendent les projets. Notre regard extérieur aide également les porteurs de projets à explorer des opportunités qu'ils n'avaient pas envisagées au départ. La plupart des personnes que nous accompagnons sont des professionnels constamment occupés par leurs tâches quotidiennes, les multiples sollicitations et des journées bien trop courtes. Les sessions de travail avec 21 leur offrent une respiration. En tant qu’accompagnateurs, nous les aidons à garder le cap, à ne pas se disperser et à établir des priorités.
Marie, quels sont les bénéfices personnels et professionnels que vous avez retirés de l'accompagnement ?
Marie Pécot : Sur le plan personnel, cela m'a permis de gagner en confiance. L'exercice du pitch, que je n'avais jamais expérimenté auparavant, a été une véritable réussite pour moi, car cela m'a prouvé qu'il est toujours possible de se lancer des défis, peu importe son âge. Plus globalement, cela m’a apporté une certaine légitimité et m’a permis de sortir des sentiers battus de mon poste. Ce projet m’a ouvert de nouvelles perspectives, m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes et d'aborder le développement et le décloisonnement des structures. Je suis convaincue que le secteur social doit oser s’inscrire dans une forme de dynamique entrepreneuriale. Les baisses de subventions et le contexte économique actuel, nous obligent d’une certaine façon à nous ouvrir à de nouveaux horizons.
Ce qui était important pour moi, c’était aussi de mettre en lumière le secteur de la petite enfance qui n'est pas toujours celui auquel on pense en premier dans le domaine social. J’étais donc fière de pouvoir annoncer à mes équipes que nous avions remporté le concours Pépitch. C'était une véritable reconnaissance pour nous et pour notre secteur.
Sur le plan pratique, j’utilise les outils d’intelligence collective que j’ai découverts avec Martijn pour animer mes réunions, favoriser la coopération et motiver les équipes. Mais, par-dessus tout, cette expérience m’a permis de développer mes compétences en gestion de projetet de me familiariser avec certains outils méthodologiques.
Martijn, si des adhérents souhaitent bénéficier de l'accompagnement de l’Accélérateur 21, comment doivent-ils procéder ? Quels conseils leur donneriez-vous s’ils souhaitent se lancer dans un projet ?
Martijn Pineau : Le premier conseil serait de ne pas rester isolé et de ne pas se limiter à son propre secteur ou périmètre. Il est essentiel de s’intéresser à ce qui se passe ailleurs, de discuter avec d'autres, qu’il s’agisse de collègues, de personnes extérieures ou des publics que l’on accompagne. Le deuxième conseil est de faire des choix clairs et de définir une feuille de route précise pour éviter de se disperser.
Pour une organisation adhérente de Nexem, il y a trois façons de bénéficier de l’accompagnement de 21. La première consiste à candidater au programme Intrapreneuriat, qui soutient chaque année deux lauréats du réseau Nexem. L’appel à projets de la huitième saison du programme est ouvert du 18 mars au 11 mai 2025. La deuxième option est de se tourner vers le centre de formation de Nexem, qui propose des formations animées par l’équipe de 21 sur des thématiques telles que l'intelligence collective, l'innovation ou encore le montage de projets innovants. Enfin, la troisième est de nous contacter directement pour accéder à nos prestations sur mesure.
Cette première édition du concours Pépitch semble avoir été une réussite. Clara, Nexem envisage-t-elle de pérenniser ce concours ?
Clara Castellano : Ce qui fait la singularité de Pépitch, c’est son aspect ludique qui met à l'honneur les idées avant même qu’elles ne se concrétisent. C'est une manière de dire aux professionnels "Vos intuitions, vos envies de faire bouger les lignes ont de la valeur." Je pense que c'est cette approche qui a séduit tant le public que les candidats. Cette première édition a démontré qu'il y avait un réel intérêt à valoriser et à soutenir les idées innovantes qui émergent du terrain.
Nous avons donc à cœur de pérenniser le concours et d’en faire un rendez-vous incontournable lors de chaque Mêlée Nexem organisée en présentiel. Alors, rendez-vous en 2026 pour la deuxième édition de Pépitch qui, nous l'espérons, fera émerger de nouvelles visions positives, ambitieuses et porteuses d'impact pour le secteur social et médico-social.
Première édition du concours soutenue par le pôle d’expertise ESS d’